Le tapis Beni Ouarain est l'un des tapis marocains les plus épais que l'on puisse trouver au Maroc, pouvant atteindre des dimensions fort respectables. Il occupe alors une surface de 6 à 15 m² et son poids varie de 18 à plus de 40 kg. Inutile de vous faire un dessin, vous comprendrez que le métier à tisser utilisé pour fabriquer ces tapis est, lui aussi, tout à fait respectable.

Il est constitué d'une poutre en bois très solide, directement ancrée dans les murs en pierre, dans les maisons traditionnelles de la région du Moyen Atlas. Elle peut supporter les plus grands tapis, dont le poids peut excéder 50 kg de laine naturelle.

Tapis Beni Ouarain sur un métier à tisser

La photo ci-dessus montre une femme berbère fabricant un grand tapis Beni Ouarain sur son métier à tisser dans un village du Moyen Atlas au Maroc.

Ces femmes berbères prennent peu à peu conscience de l'or qu'elles ont dans leurs mains. Leur travail est très recherché, compte-tenu du succès de ces tapis berbères blancs et noirs. On assite progressivement à une prise de conscience chez les femmes berbères, car ces femmes souhaitent s'émanciper, et se détacher de l'emprise des hommes sur leur travail.

Dans la tradition berbère, les femmes sont très protégées par toute la famille. Elles évoluent souvent dans un cercle familial, où un oncle ou un cousin, parfois un voisin, leur commande des tapis Beni Ouarain. Elles ont peu l'occasion de s'extraire de ce milieu très protégé. Elles étaient habituées à fabriquer des tapis pour la famille, comme un service, pour simplement faire plaisir. Elles ignoraient certainement que, parfois, le tapis était vendu à des marchands berbères.

Tapis Beni Ouarain sur un métier à tisser

L'idée de vivre de son travail peut paraitre naturelle. Encore faut-il accepter l'idée sous-jacente que son travail mérite un salaire. Les femmes berbères sont tellement habituées à travailler, que cela leur semble naturel, mais elles n'ont jamais été rémunérées. Leur travail consiste à entretenir leur foyer, faire les courses au souk, préparer les repas, faire la vaisselle et la lessive, étendre le linge, le ramasser sur la terrasse et s'occuper des enfants. Et elles trouvent encore le temps de fabriquer des tapis ...

Les femmes berbères sont des femmes très touchantes, souvent d'une parfaite éducation, très réservées, et souvent à l'écoute des hommes de leur famille. Courageuses et douées pour l'abnégation, elles sont le pilier d'un foyer familial. Leur absence est impensable, tant leur rôle est essentiel. Dans ce monde de tradition, peu de femmes berbères ont eu l'occasion de quitter le cercle familial. Lorsque cela s'est produit, c'était pour partir suivre des études à Casablanca, Rabat ou Marrakech. Ces situations étaient plutôt rares, jusqu'à un passé très récent.

Tapis berbère Beni Ouarain

On observe désormais des femmes berbères s'émanciper de leur condition, et revendiquer le droit de s'établir à leur compte. Leur travail est rémunéré, elles fabriquent des tapis à la maison ou à la coopérative de leur village. Certaines d'entre-elles restent attachées à leur cadre traditionnel, et ne souhaitent pas quitter leur maison. Elles travaillent à la fabrication des tapis, chez elles, comme avant. Mais désormais, ce sont elles qui fixent les prix et négocient directement avec les acheteurs. L'oncle et le cousin font un peu la tête, ainsi va la vie au Maroc chez les Berbères.